Les sciences, créatrices, produisent ce que Bachelard nomme des inventions phénoméno-techniques. Cette inventivité permanente qui fait de l'homme une "espèce mutante" est présente dans la novation technologique et intellectuelle de toute avancée scientifique. Culture et philosophie restent en arrière, étrangère à cette inventivité. On s'attardera dans cette communication: 1) à définir dans quel héritage philosophique se situe la philosophie bachelardienne du "4e état" (celui qui produit des noumènes dans l'expérience), 2) à caractériser l'originalité de la proposition (non comtienne, non cartésienne, non kantienne, anti bergsonienne, étrangère à la philosophie analytique, etc.) 3) à en penser les limites et à examiner son lien avec un état des techniques et des sciences dans l'entre-deux guerres en Europe.
Bachelard philosophe des sciences est oublié dans le débat contemporain sur les tech-nosciences. Ce philosophe anti-naturaliste, anti-réaliste, matérialiste et rationaliste en un sens très particulier fournit pourtant un ensemble de notions très vivement éclairantes et utiles pour structurer le débat actuel. Alors que la communauté philosophique est plutôt occupée à puiser chez Simondon, ou dans les social sciences studies (Bruno Latour en particulier) ses cadres de réflexion, Bachelard fournit un bouquet d’idées stimulantes. A travers lui, on souhaite redonner vie à l’École française d’épistémologie, qui, de Comte à Foucault, a produit une tradition critique favorable aux sciences et technophile (contrairement à l’École allemande, de Heidegger à Habermas).

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